Penser l’hébergement d’urgence

Avoir un toit sur la tête, malgré chaos. Voilà ce qui préoccupe actuellement des centaines de milliers de personnes à travers le monde. Les conflits, mais aussi les multiples crises migratoires ou encore les catastrophes climatiques (vraiment sympa ce XXIe siècle) poussent les architectes à réfléchir à l’habitat d’urgence depuis plusieurs décennies. Dans des contextes où il faut penser uniquement en termes de priorités, quels sont les critères à retenir, les matériaux à privilégier, les systèmes les plus ingénieux ?

 

Parmi les plus anciens essais d’habitat d’urgence, on peut citer La Maison des Sinistrés de Jean Prouvé [1], structure démontable commandée par l’Abbé Pierre himself, ou encore La Cité Refuge du Corbusier, incarnation d’un logement fonctionnaliste et humaniste, encore en activité aujourd’hui sous la houlette de l’Armée du Salut. [2]

Le PPS, référence ultime

Aujourd’hui, l’architecte japonais Shigeru Ban s’affirme comme l’une des grandes références en matière d’habitat d’urgence – il a même décroché un prix Pritzker d’architecture grâce à sa vision « sociale » de l’architecture. En effet, en 1995, après le séisme de Kobé, il propose une structure en papier, le PPS (Paper Tubes Partition System). Cette structure d’urgence, composée de tissu et de papier, rapide à installer et recyclable, se révèle adaptable dans de nombreux contextes. Investi en tant que conseiller auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés depuis 1994, Shigeru Ban est d’ailleurs récemment intervenu à la frontière ukrainienne au mois de mars 2022, pour installer son système. [3]

Une architecture mobile

Dans la même optique de légèreté et de facilité d’utilisation que le PPS, les maisons en carton préfabriquées de l’ONG Better Shelter [4] ont été installées prestement sur les îles grecques de Kos et Lesbos, afin d’accueillir des migrants. Autres matériaux, objectif similaire, le bambou et les roseaux utilisés par l’agence TYIN [5] pour concevoir des micro-maisons en Thaïlande. Le bambou s’avère d’ailleurs l’un des matériaux biosourcés les plus utilisés dans les nouveaux projets architecturaux [6] – les structures en bambou résistent par exemple aux tremblements de terre.

Pour l’ONG française Architectes de l’urgence [7], l’adaptation sur le terrain est la clé. Il faut privilégier des solutions innovantes, qui tiennent compte de la main d’œuvre et des matériaux locaux. L’ONG, à l’instar d’autres groupements d’architectes, réfléchit ainsi dans une logique de développement durable. Privilégier les circuits courts pour les matériaux, le recyclage de déchets (comme les earthships de Mike Reynolds [8] ) et penser des habitats sobres et économes sur le plan énergétique est également possible dans un contexte d’urgence – et parfois même bien plus efficace. La fondation expérimente depuis plus de vingt ans différents types d’hébergement d’urgence, en fonction des contextes climatiques et des besoins des populations. Une vidéo retrace d’ailleurs leurs différentes actions durant ces deux décennies [9]

Des solutions d’urgence hors contexte exceptionnel

Parce qu’il faut bien le dire, l’urgence est malheureusement parfois permanente. Des associations œuvrent ainsi en faveur des plus démunis, hors contextes de crise, et proposent des habitats peu coûteux et faciles à construire pour abriter les personnes sans domicile. Un exemple récent : les chalets en bois d’Emmaüs, construits en périphérie de Bordeaux. [10]

Pour en savoir plus sur le sujet, rendez-vous sur le site Habiter Autrement [11] qui détaille différents types d’habitats alternatifs, dont les habitats d’urgence.

Manon Liduena

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