Architecture estivale

Espace Architecte

Le soleil brille (par intermittence), les dossiers sont remisés pour quelques semaines, le coffre de la voiture est plein à craquer… Les signes ne trompent pas, la grande pause estivale est enfin là. Bungalow de plage, studio vue mer ou tente black & fresh, les options d’hébergement sont multiples. Les architectes planchent sur le sujet depuis la fin du XIXe s., mais l’allongement des congés payés à la fin des années 1960 donne des ailes à certains d’entre eux. Tour d’horizon de quelques expériences architecturales aussi exaltantes qu’ambitieuses…

Gigantisme azuréen

On commence par l’inévitable : la Grande Motte. Comment parler d’architecture de villégiature sans mentionner ce projet emblématique des années 1960, ô combien décrié, et qui fascine encore aujourd’hui. Impulsée en 1963 par une mission d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon et pensée par l’architecte Jean Balladur, cette station balnéaire démesurée sort littéralement de terre au cours des années 1970, sous l’œil médusé des riverains, pour faire concurrence aux stations espagnoles – et elle met le paquet. Son histoire est racontée ici [1]. Entre autres, l’article nous permet de comprendre pourquoi aujourd’hui, elle est classée au Patrimoine français du XXe s.

Si la Grande Motte était destinée aux classes moyennes, le complexe de Marina Baie des Anges, dessiné par André Minagoy en 1968, visait plutôt les classes aisées. Luxe et ambition définissent ces immenses vagues de béton venues déferler sur la Baie des Anges. Les quatre immeubles construits au cours des 25 années suivantes comptent aujourd’hui parmi les lieux les plus prisés de la Côte d’Azur [2].

D’une manière générale, le littoral méditerranéen français a accueilli un grand nombre d’expériences architecturales, à découvrir dans l’ouvrage Habiter les vacances [3] qui cite notamment le VVF de Giens (Var) d’André Devin [4].

Habitats excentriques

Autre village-vacance hors normes, celui de Beg Meil, dans le Finistère Sud, dessiné dans les années 1960 par les architectes Henri Mouette et Pierre Székely, en forme de bulles blanches [5] Conçues autour du principe d’échange entre les familles, ces maisonnettes rondes forment des espaces individuels et communs insolites, aux allures de village de Schtroumpfs.

Bien sûr, on n’a pas pu s’empêcher de jeter un œil à ce qui se faisait ailleurs qu’en France, en termes d’habitat insolite et on est tombés sur cet article [6]. Nous, on hésite entre l’hôtel tout en verre des Cols Pavellon, à Olot, en Espagne, ou bien le Treehotel, accroché entre deux arbres dans la forêt d’Harads, en Suède, et vous ?

Pour clore cet article en beauté, nous avions aussi envie de vous parler de ce projet de Guy Rottier, qui n’a finalement jamais vu le jour – c’est aussi ça la vie d’architecte – et qui nous laisse pantois : une maison-hélicoptère, qui permet de dormir dans des endroits inaccessibles en voiture…  [7]. Il ne manque plus que le brevet de pilote et l’affaire est dans le sac (de plage).

ENCADRE Les kids aussi ont leurs archis !

Saviez-vous que les colonies de vacances étaient au départ pensées comme des hôpitaux marins, à mi-chemin entre le Club Mickey et le Sanatorium ? A la fin du XIXe s., elles sont destinées aux petits citadins qui, le temps de quelques semaines, s’échappent de la ville pour respirer au grand air et boire du lait de vache (en gros). On se demande alors si les petits campagnards profitaient des vacances pour, à l’inverse, renforcer leur système immunitaire en jouant sur les bancs du métro.

Bref, la colo prend toutes les formes : prescription médicale, initiation religieuse ou cadre scolaire – qui n’a pas connu la fameuse « Danse et ping-pong à Mâcon » ou « Escalade et claquettes à Enghien-les-Bains » ?

Pour établir ces camps d’été, il faut penser bâtiment collectif. On réhabilite d’anciens hôtels de voyageurs, des châteaux, des casernes ou des corps de ferme – jetez un œil à La Villa Palladienne du Château de Syam remaniée en 1901 par l’architecte Schacre [8].

Dans la même veine, La Maison Heureuse de Saint-Georges d’Oléron (Charente-Maritime), construite au XIXe s. pour loger les employés du Fort Boyard, est réaménagée en 1927 en colonie de vacances [9].

Les collectivités lancent également la construction de villas de villégiature proches des villes, comme « La Villa Scolaire » à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), édifiée en 1896, par l’architecte de l’assistance publique Paul-Louis Renaud [10].

Pour en savoir plus, on vous recommande chaudement cet article passionnant sur l’évolution architecturale des colonies de vacances [11] – qui sont pour certaines aujourd’hui considérées comme appartenant au patrimoine architectural français.

Manon Liduena