Se réapproprier la ville grâce au mobilier urbain

Espace Architecte

Au petit-déj’ ce matin, on a lu cet article Pourquoi les petites œuvres d’architecture méritent le respect (lien https://www.miroir-mag.fr/loisirs-divertissement/pourquoi-les-petites-oeuvres-darchitecture-meritent-le-respect/ ) et, entre deux croissants, on s’est dit qu’on était bien d’accord avec son auteur, Darran Anderson.

En substance, il nous dit que derrière chaque pièce de mobilier urbain, se cache une petite œuvre d’architecture, qui témoigne d’une façon de penser la société et qui mérite donc d’être considérée, voire conservée. Une architecture du quotidien, finalement, qui s’adresse à tous et vise la démocratisation et le bien commun. Voilà une quête qui nous parle. Ce mobilier urbain, parent pragmatique de l’architecture, nous apparaît aujourd’hui comme l’un des leviers principaux du vivre ensemble.

Témoignage d’une époque

Le concept de mobilier urbain ne date pas d’hier, mais les nouvelles politiques d’amélioration du cadre de vie citadin le placent au cœur de la réflexion urbanistique contemporaine. Intimement lié aux besoins des usagers, le mobilier urbain se doit de rendre la ville accessible et adaptée à tous. Il est ainsi révélateur de la société dans laquelle il est créé. 300 000 cabines téléphoniques existaient en France en 1997, il en reste aujourd’hui 2700 (lien article dauphiné https://www.ledauphine.com/france-monde/2019/03/13/les-2-700-cabines-telephoniques-francaises-servent-28-secondes-par-mois). Clairement, le combiné gris douteusement collant n’est plus trop swag et nos modes de communication ont évolué. Et cela se voit (ou plutôt ne se voit plus) sur nos trottoirs. Cela peut paraître dérisoire, et pourtant ces cabines marquent une époque. Darran Anderson évoque l’idée « d’adapter » l’architecture pour en conserver une partie, en transformant par exemple des kiosques à journaux en cafés. Une chose est sûre, l’architecture reflète les transitions sociétales. Ainsi, aujourd’hui, la question du développement durable domine la réflexion urbanistique dans la plupart des villes européennes. Les installations en faveur de transports doux se multiplient et les designers imaginent des arceaux de vélo rétractables et des lampadaires à panneaux solaires.

Du designer à l’usager

Le mobilier urbain interroge tant et si bien que les designers les plus côtés se prennent au jeu. (lien batiactu https://www.batiactu.com/edito/mobilier-urbain-sur-route-design-diaporama-26267.php ). Et voilà que Patrick Jouin signe les toilettes publiques parisiennes et Marc Aurel dessine les bancs de Tripoli. Les plus grands se préoccupent de notre quotidien, insufflant un mouvement de démocratisation du design qui n’est pas pour nous déplaire. Placé au cœur de la ville, le design est désormais accessible à tous, et chacun peut apprécier ses évolutions et ses questionnements. Et les designers ne sont pas les seuls à plancher sur la question. D’aventureux ingénieurs conçoivent désormais un mobilier urbain high tech, toujours plus inventif. Et nous voilà, jetant notre canette de jus de papaye dans une poubelle de tri intelligente et connectée, après avoir rechargé notre smartphone en le branchant sur un banc à panneau solaire. (lien http://www.gumego.com/top-5-mobiliers-urbains-ecolo-innnovants/ ) A Lorient, on verrait bien l’un de ces bancs intelligents, équipés d’une manivelle, qui permettent d’avoir une assise toujours sèche après l’averse. Cqfd. (lien http://www.topito.com/top-innovations-mobilier-urbain-need-now)

L’usager est bien au cœur de la réflexion en matière de mobilier urbain et certaines villes l’ont mieux compris que d’autres. A Epinal, on invite les citoyens à participer à la construction de leur propre mobilier, en partenariat avec un cabinet d’architecture (lien https://www.lairdubois.fr/pas-a-pas/617-co-construction-de-mobilier-urbain.html ) A Saint-Etienne, un collectif s’établit sur une place en friche pour proposer sa transformation (lien https://lumieresdelaville.net/design-urbain-changer-ville/ ) La multiplication des écoquartiers stimule ces initiatives citoyennes, invitant à une nouvelle « démocratie créative » https://www.inkulte.com/2012/05/florian-riviere-hacktivist-urbain/

Marqueur d’identité

A Bordeaux, à Grenoble, partout en France, on établit désormais des chartes spécifiques pour le mobilier urbain, marquant ainsi noir sur blanc les lignes politiques urbaines impulsées et l’identité de la ville. Et ça marche. A Paris, on identifie en un clin d’œil les stations de métro Guimard, et leurs courbes florales ; à Limoges, on s’assoit sur des bancs décorés de délicate porcelaine ; à Londres, les boîtes aux lettres et les cabines téléphoniques rouges font écho à l’uniforme des armées britanniques ; à Amsterdam, on repère sur les panneaux comme sur les trottoirs les trois croix du blason de la ville. Placé au centre des préoccupations, le mobilier urbain devient alors un objet social fort, traduisant l’identité de la ville, sa personnalité et son tempérament.

Manon LIDUENA

Crédit photo : Pixabay

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