Parmi ces buildings se cache le plus grand sex-toy du monde.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… et l’architecture

Espace Architecte

L’histoire du stade Al-Wakrah nous a d’abord bien fait glousser. Vous savez, ce stade inauguré en mai 2019 au Qatar, et qui a été instantanément surnommé « Vagina Stadium ». Alors, pour la Saint-Valentin, on a sauté sur l’occasion et mené une – très sérieuse – enquête pour répondre à cette question brûlante : le sexe est-il l’obsession des architectes ?

« Vagina stadium ». Malaise dans les rangs officiels. Le Qatar, s’il est réputé pour son excentricité financière, n’est pas un pays où il fait bon rire de la bagatelle. Et l’agence responsable du bâtiment, en l’occurrence celle de Zaha Hadid, d’assurer qu’elle s’est inspirée du « dhow », l’embarcation traditionnelle nationale, pour dessiner la structure. Le doute nous habite. Il faut bien reconnaître que ces courbes suggestives évoquent franchement l’organe féminin[1]. Et si, finalement, c’était une bonne chose ? N’y a-t-il pas déjà un certain nombre de pénis dans les skylines internationales ? Pourquoi n’y aurait-il pas, alors, de vagin ? Zaha Hadid serait-elle féministe ? Elle ne le revendique pas, mais son œuvre laisse rêveur – rêveuse – on se souvient ainsi de l’un de ses projets, la Lilium Tower de Varsovie, surnommé le « Tampon »[2].

Et si, en fait, l’explication revenait à l’architecture elle-même ? En puisant dans son environnement, l’architecte ne s’inspire-t-il pas de la vie ? Et qu’est-ce que la vie, sans le sexe ?

Des preuves irréfutables

Bon nombre de tours sont ainsi régulièrement comparées à des organes sexuels, puissamment dressés vers le ciel, de la Torre Agbar à Barcelone, conçue par Jean Nouvel[3], au Swiss Re Building – alias « The Gherkin » de Norman Foster[4] ou au futur Spire, déjà surnommé « The Penis »[5]  – on remarquera que Londres est plutôt bien pourvue en la matière. A Pékin, on s’émeut devant le siège du Quotidien du Peuple[6] et devant le Wuangxi New Media Center, inauguré, comble du bonheur, par un feu d’artifice fort à propos[7].

Les architectes seraient-ils des galopins ? Notre très sérieuse enquête nous pousse à le croire. Il faut dire que les exemples jaillissent de toutes parts, comme le démontre cet article suisse, joliment titré « Bien bâti »[8] (rien ne vaut l’humour helvète). On y croise dans le désordre « vagina stadium » bien sûr, mais aussi l’église chrétienne de Dixon (Illinois, USA) – de fieffés coquins – ou encore le High Rise Office Building à Doha, probablement le plus grand sex-toy du monde, là encore réalisé par l’ami Norman Foster.

Nous poursuivons notre investigation en lisant ce billet[9] qui confirme nos soupçons. Le brésilien Oscar Niemeyer n’a-t-il d’ailleurs pas été surnommé l’architecte de la sensualité parce qu’il pensait en courbes et ouvertures ?[10]

Assumer le vice

Ce qui est dommage, c’est que finalement peu d’architectes assument leurs visions. De tous les bâtiments cités plus haut, pas un seul n’est ouvertement reconnu comme inspiré de faits sexuels par ses concepteurs. Et c’est bien dommage, puisqu’en architecture comme dans tout art, l’audace est une qualité indispensable… Heureusement, quelques exceptions confirment la règle. Avec Buckingham Phallus[11] aucun doute n’est possible ; avec les bâtiments du Domestikator de l’Atelier Van Lieshout, non plus[12].

En 2017, il y avait eu cette expo à Barcelone[13] qui parlait de la conception très spécifique des lieux destinés au sexe. Comment l’architecture s’articule-t-elle autour du désir ? Comment réalise-t-elle nos fantasmes ? En 2019, une autre expo, à Paris cette fois, éclairait la question d’une autre manière[14], « Jean-Jacques Lequeu, Bâtisseur de fantasmes », où comment un architecte ouvertement obsédé n’a jamais réussi à conclure.

Et si, nous, nous y arrivions, à conclure ? En avançant, par exemple, que notre métier nous rend plutôt doués pour la bagatelle ? Vous croyez qu’on va un peu loin ? Lisez donc cette étude très sérieuse (parce que canadienne) sur les compétences extra-professionnelles des architectes[15].

Manon LIDUENA

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